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La Politique Etrangere de L’Inde Vers L’Asie Occidentale

The Levant Exclusive – Par: Sarah Safa* – Les dernières évolutions sur la scène syrienne illustrent un nouveau paysage mondial.
Décrite comme étant l’une des crises les plus violentes dans l’histoire et la plus sanglante du printemps arabe, la crise syrienne s’avère être une guerre internationale non déclarée. Rien que l’atrocité de cette guerre, qui avait causée plus de trois cent mille morts et qui a entrainé la pire crise de réfugiés depuis des générations dans un contexte ou l’ONU n’était pas disposé à intervenir, reflète l’ampleur du conflit international entre les grandes puissances aujourd’hui.
De plus, l’effondrement du système bancaire américain et la crise systémique de l’endettement européen conduisent les superpuissances occidentales à reconnaitre les nouvelles puissances émergentes comme acteurs qui pèsent énormément et ayant la capacité de modifier le rapport de force existant. Il est sans doute clair que nous assistons à l’émergence d’un monde multipolaire mais pour certains observateurs il s’agit d’une redistribution de cartes avec un déplacement du centre de gravité vers l’Asie.
C’est dans ce contexte là que je m’intéresserai aux rôles que jouent aujourd’hui les pays émergents dans cette course violente.
Se situant entre le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est, l’Inde présente schématiquement les caractéristiques suivantes : Il s’agit d’un Etat qui contient 1,5 milliards d’homme, soit autant que la totalité de l’Europe, le plus important pays musulman dans le monde avec 350 millions de citoyens de confession musulmane, soit autant que la totalité des pays arabes réunis.

Le sous-continent indien comprend également des nouveaux Etats dotés d’armes nucléaires, l’Inde et le Pakistan. La région constitue d’une part, l’un des principaux centres de gravité du terrorisme international, un niveau élevé de conflits aggravé par des niveaux élevés de pauvretés et un lieu majeur de piraterie internationale. D’autre part, elle possède de réels potentiels aux niveaux économique et énergétique, scientifique et technologique ainsi qu’au niveau démographique grâce à sa population jeune et qualifiée.
Décrite par beaucoup d’observateurs comme un « swing state » , l’Inde représente aujourd’hui un Etat qui a la capacité d’exercer une influence majeure sur les rapports de forces, de par son positionnement, équidistant du bloc occidental, d’une part et du bloc asiatique de l’autre. Il s’agit en même temps d’un acteur incontournable au forum des BRICS. Et comme étant un pays émergent, l’Inde a des intérêts extrêmement importants en Moyen-Orient.
C’est dans ce contexte international qu’une question fondamentale se pose : Où se situe l’Inde et quel est sa politique étrangère en « Asie occidentale » ?
La relation de l’Inde avec le monde arabe est ambivalente et ne manque pas de perplexité. Il s’agit certes de la nature instable du Moyen-Orient, ce territoire qui depuis son indépendance est ravagé par les guerres et les conflits sectaires. Mais mettons à part cette réalité, l’Inde et le monde arabe partage aussi une histoire semblable et un destin commun.
La politique étrangère de l’Inde dans le Moyen-Orient ou l’Asie occidentale selon les stratèges indiens peut être divisée en deux grandes étapes déterminées par les années 90 qui marquent un point d’inflexion majeur. Tôt ou tard, les aspirations nationalistes, anticolonialistes et anti-impérialistes du Congrès indien furent heurtées par une fausse anticipation avec l’assassinat du nationalisme arabe après la mort de Nasser.
Incitée par des années de défiance liées à une politique pro-arabe et pro-palestinienne, l’Inde a partir des années 90 a procédé à un vrai rapprochement avec les Etats Unis qui s’est parallèlement accompagnée d’un rapprochement avec Israël, se traduisant par la normalisation des relations depuis 1992 et par la première visite d’un chef d’Etat israélien, Ariel Sharon en 2003.
Le printemps arabe et la guerre syrienne ont mis l’Inde aujourd’hui devant une situation nostalgique, ranimant les blessures du passés et réduisant la distance qui s’est manifestée depuis deux décennies avec cette zone de voisinage immédiat.
Tout comme, l’Afghanistan, l’Iraq et aujourd’hui la Syrie et le Liban, l’Inde est le premier pays qui s’est engagé dans une longue guerre contre le terrorisme. Les origines du militantisme islamiste à l’époque contemporaine peuvent même être retracées depuis les guerres indo-pakistanaises et suite à l’invasion soviétique de l’Afghanistan comme réponse au soutien américain du Pakistan face à une Inde anticoloniale et anti-impériale qui ne s’est pas remise du traumatisme de la partition depuis le jour de son indépendance.
Confrontée au Moyen et Proche-Orient à trois axes majeurs et un obstacle :
Un premier sunnite conservateur représenté par les GCC, indépendant et allié aux puissances occidentales. Un deuxième chiite représenté par l’Iran, faisant une démonstration de l’hégémonie russe et chinoise. Et enfin un troisième juif représenté par Israël et symbolisant l’hégémonie américaine et occidentale.
Cependant le rapprochement stratégique entre l’Inde et Israël à partir de 1998-1999 a pris un nouvel élan qui s’est caractérisé par une accélération des échanges militaires et des techniques de lutte contre le terrorisme. Mais en même temps, l’Inde possède aussi un fort lien et partage des intérêts très stratégiques avec l’Iran d’une part, et les pétromonarchies du Golfe, de l’autre. Enfin, le rapprochement de l’Inde avec les Etats Unis a extrêmement limité son influence dans une région inévitable pour son réveil.
Alors, entre l’Arabie Saoudite, l’Iran et Israël où se positionne l’Inde ? Comment la troisième puissance asiatique et la dixième puissance mondiale gère-t-elle ses relations antagonistes ?
Et quand confrontée à son émergence économique, la divergence des intérêts entre New Delhi et Washington ne pourra-t-elle pas aboutir à la régression de cette alliance et inciter l’Inde à se rapprocher de ses voisins asiatiques?

L’Inde et Les Etats Unis : Deux alliés qui s’opposent!
A l’échelle internationale, la nouvelle alliance de l’Inde avec les Etats Unis et Israël à partir des années 90 lui a été pleinement favorable dans une situation de crise internationale et dans le contexte d’une guerre internationale contre le terrorisme. Alors qu’à l’échelle régionale, le rapprochement stratégique de l’Inde avec les Etats–Unis est confronté à des défis considérables. L’Inde éprouve beaucoup d’ennuie ce qui concerne la politique étrangère des Etats-Unis dans le Moyen et Proche orient. Sa politique ne convient pas à l’idéologie du gouvernement indien qui ne voit pas pouvoir partager ses mêmes intérêts. Contrairement, les intérêts de Delhi semblent converger beaucoup plus en Asie occidentale avec le camp asiatique qui comprend également des puissances émergentes à la recherche d’objectifs similaires ; le déploiement économique et l’élimination de la menace terroriste.
L’Inde, à l’inverse des Etats-Unis a toujours soutenu les régimes laïques et nationalistes au Moyen-Orient et Proche-Orient alors que le projet de démocratisation et d’organisation promu par les Etats-Unis et Israël se base sur une ” démocratie communautaire ” ou division de l’espace et des régimes à base communautaire et religieuse à l’instar du Liban. Cela peut faire perdurer l’influence des Etats-Unis et renforcer leur présence et pourra ensuite garantir la stabilité d’Israël. Cet objectif semble aujourd’hui réalisé grâce à l’aide apporté par des pays arabes soucieux de protéger leurs intérêts et leur pouvoir à travers le recyclage des conflits religieux et communautaires, et le soutien apporté aux groupes terroristes menant enfin à l’installation de l’Etat islamique en Iraq et en Syrie. L’organisation a été impliquée dans la destruction de la région et de ses jalons, en éradiquant sa culture et sa civilisation, et en faisant régner la terreur par l’infiltration de plus de 300 000 victimes dont plus de 18 823 enfants et 19 176 femmes selon le réseau syrien des droits de l’homme. Meurtres, lynchage et abus de toutes sortes, qui ont causé 3 à 4 millions réfugiés pour devenir enfin un vrai cancer qui menace le futur des peuples et de la civilisation humaine toute entière.

Dans leur poursuite d’objectifs à court terme, les Etats-Unis ont toujours soutenu les régimes fondamentalistes et répressifs ; dans un article publié dans le New Yorker, l’auteur indique ” Pervez Musharraf, admet qu’il a détourné beaucoup de ces milliards de dollars qu’ils recevaient des Etats-Unis pour armer le Pakistan contre l’Inde “.
Selon le même article, en 2008, le gouvernement pakistanais avait pris la décision de placer l’ISI (Inter service Intelligence : la plus importante et la plus puissante des trois branches des services de renseignements du Pakistan) sous le contrôle du Ministère de l’Intérieur. Durant le même mois, l’organisation terroriste de Lashkar-e-Taiba, soutenue par elle, avait orchestré des attentats au Cachemire et au Mumbai, ce qui n’allait pas de pair avec le nouveau rapprochement stratégique établi entre les Etats- Unis et l’Inde.
Ceci avait augmenté les incertitudes et les malaises de New Delhi qui avait fait face en 2005 à une autre déception, celle de la livraison par les Etats-Unis de Chasseurs F16 au Pakistan.
New Delhi s’est alors montrée encore une fois déçue de la politique de Washington et n’a pas compris l’approche de cette dernière ni pourquoi elle ne liait pas ces accords avec le Pakistan à des garanties de limitation du soutien au terrorisme.
Depuis la Seconde Guerre Mondiale, la politique étrangère de New Delhi s’oppose totalement à celle de Washington et va dans le sens contraire de celle-ci. D’ailleurs, même après la nouvelle alliance stratégique établie entre les deux Etats dans le contexte de l’après-guerre froide, leurs intérêts ne sont pas convergents quand l’instabilité qui nourrit et accroît l’influence et la domination des Etats-Unis représente une grande menace et un danger insurmontable pour l’Inde. La stratégie de diviser pour mieux régner est tout à fait l’inverse de la stratégie indienne qui repose sur un idéal d’unité.
L’Inde et Israël : Convergence ou Divergence ?
En ce qui concerne d’autre part les relations israélo-indiennes et à la lumière de leur alliance militaire qui est dirigée par une volonté commune de combattre le terrorisme, il me semble particulièrement important de faire ici un point.
La menace et la source du terrorisme pour New Delhi n’est pas la même pour Washington et Tel-Aviv. Pour l’Inde comme pour l’Iran, Al Qu’aida et l’EIIL présentent une menace principale. Tandis que pour Tel-Aviv, la grande menace provient du Hezbollah, du Hamas et du jihad islamique. C’est ainsi qu’à l’échelle étatique, pour l’Inde le danger émane du Pakistan et des pays qui le soutiennent tandis que pour Tel-Aviv, l’Iran et la Syrie constituent la principale source et l’épicentre du terrorisme mondial, alors que l’Inde de son côté a de bonnes relations avec ces deux pays et partage même des visions parallèles aux leurs.
L’Inde se plaint par contre du soutien que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite accordent au Pakistan. Ce sont ici alors des points fondamentaux qui éloignent ces alliés stratégiques. Mais malgré cela, L’Inde voit l’intérêt de s’aligner sur Tel-Aviv contrairement aux décennies précédentes durant lesquelles son soutien aux pays arabes n’était pas considéré et n’a pas abouti.
Ce rapprochement est en mesure d’accroître ses capacités militaires, développer ses compétences pour combattre le terrorisme et enfin préserver sa sécurité nationale en repoussant le danger provenant de l’extrémisme et en affirmant son rôle et son importance devant le Pakistan ; ce qui pourra certainement affaiblir et diminuer le spectre des activités terroristes.
L’Inde et L’Iran : Un rapprochement peu possible
Se posant dans le cadre des contraintes qu’envisage l’Inde dans la gestion de ses relations antagonistes, son engagement avec Washington et Tel-Aviv impose des pressions qui vont dans le sens d’empêcher un rapprochement avec l’Iran. Dans le cadre d’un tel rapprochement, il y aurait une grande possibilité pour l’Inde de basculer dans le camp asiatique, ceci est envisageable mais reste conditionné par les relations sino-indiennes et l’Inde ne pourrait plus jouer alors le rôle conçu pour satisfaire les intérêts de Washington, ce qui pourrait même augmenter les risques d’échec de cette dernière dans ses efforts de limiter la puissance d’un bloc asiatique.
Dans son livre intitulé Inde et Israël : Le rapprochement stratégique, Nicolas Barrel écrit, ” les Etats-Unis et Israël s’inquiètent de la position passive de l’Inde qui ne s’émeut pas d’un Iran nucléaire “. Il ajoute, ” Ces préoccupations ont été rendues publiques lors de la visite d’octobre 2003 d’Ariel Sharon en Inde menaçant de mettre fin à la vente de technologies militaires qui pourraient être redirigées vers l’Iran “.
Des intellectuels figurant dans l’opposition indienne critiquent la nature de cette nouvelle alliance. L’analyste indien Bharat Kharnad avait un jour expliqué qu’il constate que l’Inde abandonne ses propres intérêts au profit de ceux des Américains et faisant référence aux sanctions votées contre l’Iran en mai 2010, il a précisé que la position indienne témoigne de la perte de son leadership traditionnel au Sud, il conclut ainsi : ” India is now living under the shadow of the United States “.
Dans cette situation complexe, l’Inde tout en ayant conscience de l’importance de son alliance avec Washington et Tel-Aviv essaye d’échapper à leur ingérence dans ses affaires en insistant sur l’importance de son indépendance et sa souveraineté, tout en leur reprochant en même temps d’avoir des relations très privilégiées avec son seul ennemi déclaré : le Pakistan.
L’Inde voit que par cette attitude les Etats-Unis marginalisent et réduisent son rôle. Ceci l’avait incitée à valoriser son importance et son rôle dans un monde en pleine évolution.
Elle constate l’intérêt des Etats Unis envers elle et s’engage dans une politique indépendante et non partisane.
Dans ce nouveau rôle qu’elle avait commencé à jouer, l’Inde fait distinguer sa politique étrangère, marque son indépendance et se lance dans une rhétorique différente. Elle se situe à distance, essaye de repousser le plus loin possible les dangers et les insécurités provenant de l’Asie occidentale.
Certains stratèges indiens considèrent même que les relations entre l’Iran et Israël ne s’opposent pas et sont même compatibles. Ces paroles soulignent le désir de Delhi d’assumer aujourd’hui un rôle majeur en Asie occidentale ainsi que l’importance de l’Iran pour l’Inde actuelle. Autrement dit, l’Inde considère pour son part, que la prolifération du terrorisme et des régimes islamistes fondamentalistes constituent un danger pour l’Inde, l’Iran et Israël.
Cependant l’opposition entre l’Iran et Israël présente également une autre dimension plus étroite : celle de l’opposition entre les Etats-Unis et la Russie. De leur côté, les Etats-Unis et Israël essayent de rapprocher l’Inde de la Turquie et préfèrent réitérer un axe Delhi-Jérusalem-Ankara qui sera en mesure d’empêcher l’existence d’un axe Delhi-Téhéran-Moscou.
Pourtant, les choses semblent prendre aujourd’hui une nouvelle direction avec l’éclatement du printemps arabe, qui a facilité l’émergence des partis islamistes radicaux, longtemps réprimés par les ex-gouvernements des pays en question. Ce déchaînement avait sans doute entraîné une réactivation de leurs réseaux, ce fait était alors même, et en opposition à la guerre déclarée contre le terrorisme, reconnu et accepté par l’Occident, ce dont témoigne le soutien occidental à l’opposition syrienne même après l’implication des groupes terroristes.
Par conséquent, les pays de la coopération du Golfe GCC ont acquis une plus grande influence au Proche-Orient et en Afrique du Nord, promouvant un caractère islamique et recyclant le conflit sunnite/chiite. Une telle reconfiguration n’est pas prometteuse, elle engendre un prolongement de l’insécurité. Encore une fois, les rêves indiens ainsi que ceux des nationalistes arabes se dissipent pour céder la place aux théocraties.
Alors, en tant que puissance émergente incapable aujourd’hui de s’engager dans un conflit international ni de gérer des disputes intra régionales, l’Inde préfère rester en marge et repousser tout ce qui peut empêcher ou retarder son réveil.

L’Inde, l’Arabie Saoudite et les Etats arabes du Golfe Arabique
La politique étrangère poursuivie par les Etats arabes du Golfe Arabique dans le Moyen et Proche-Orient avait beaucoup d’influence sur la nature des relations entre ces Etats et le sous-continent indien, du fait tout d’abord du caractère anti-occidental et anti-impérialiste de l’Inde, de son soutien des mouvements nationalistes et son opposition indirecte au panislamisme prôné par le Pakistan et l’Arabie Saoudite ; ensuite du fait de la fondation du mouvement des Non Alignés avec Nasser et de ses relations particulières avec les courants baathistes dans la région, ainsi que de son rapprochement avec l’Union soviétique. Cette politique s’oppose totalement à l’idéologie du Royaume.
C’est ainsi que les relations entre l’Arabie et l’Inde étaient très froides quand le Pakistan bénéficiait d’une situation privilégiée confirmée par les liens politiques, culturels et humains tissés entre les deux pays.
Et dans le prolongement de cette politique panislamique, l’Inde qui renferme la deuxième plus grande population musulmane à côté du Pakistan , a été expulsée de la conférence de Rabat à l’occasion de laquelle l’organisation de la coopération islamique a été fondée à Djeddah en 1969.
Ajoutons à cela le soutien inconditionnel moral et matériel de l’Arabie Saoudite au Pakistan et ses appuis pendant les guerres indo-pakistanaises et en ce qui concerne les revendications sur le Cachemire.
Début janvier 1972, les relations sont devenues très critique quand l’Inde apprit le transfert d’énergie nucléaire de Pékin à Islamabad et le lancement d’un programme de développement nucléaire financé par l’Arabie Saoudite.
Selon le rapport numéro 336 du Sénat , en juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan, l’Inde reproche au Pakistan de mener une “guerre par procuration” au Cachemire indien et d’encourager les incursions de combattants islamistes, qui bénéficieraient de l’aide des services secrets d’Islamabad, l’Interservices Intelligence Agency (ISI).
Mais en dépit de ces relations très critiques, l’Inde et l’Arabie Saoudite partagent de fortes interdépendances économiques et des échanges commerciaux considérables. La réorientation de la politique étrangère de l’Inde à partir des années 90 avait des conséquences directes et très remarquables sur ses relations avec l’Arabie Saoudite et les pétromonarchies du Golfe, le rapprochement entre l’Inde et les Etats-Unis avait apporté un grand changement dans la relation de l’Inde avec le monde arabo musulman et même dans ses rapports avec le Pakistan.
A travers cette nouvelle alliance, l’Inde se débarrasse d’un environnement conflictuel qui l’avait étouffée durant presque quatre décennies, à cause de ses guerres régionales récurrentes d’une part, et d’autre part, en raison de la politique qu’avait menée l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient et au Proche-Orient et qui avait éclipsé le rôle de l’Inde tout en réduisant son influence.
Dans un calcul stratégique, l’Inde voit qu’une rhétorique conflictuelle ne peut qu’accroître les risques d’échec et conduire à une complète désintégration du territoire indien. L’Inde voit d’autre part qu’à partir des années 90, son alliance avec les Etats-Unis et les pays du Golfe autrement dit un axe Washington-Delhi-Riad va de pair et répond aux mêmes aspirations qu’un axe Washington-Delhi-Tel-Aviv, ce qui peut lui garantir une émergence plus ou moins aisée et une stabilité à long terme. L’obstacle à ce calcul réside dans son rapprochement avec l’Iran que l’Inde voit comme un allié naturel et qu’Israël et les pays arabes considèrent comme le premier ennemi et l’épicentre du terrorisme. Ce rapprochement inquiète les EU et Israël et ne va pas de pair avec les liens profonds que l’Inde essaye de tisser avec les pays arabes.
Etant devenu membre de l’OMC début les années 90, l’Inde a un accès beaucoup plus facilité en termes de commerce international, par conséquent, elle assiste à une évolution dans ses relations avec le monde arabo-musulman avec une croissance considérable des échanges économiques et commerciales ainsi qu’un développement de partenariats stratégiques.
L’Arabie Saoudite émerge comme le premier fournisseur de pétrole de l’Inde, son quatrième partenaire commercial avec un montant d’échanges de 43,78 milliards de dollars en 2012-2013 et une croissance remarquable des échanges commerciaux. Le marché saoudien fait l’objet de 8,5% des importations totales de l’Inde, et le marché indien est classé au 7ème rang des importations totales de l’Arabie Saoudite.
Parallèlement, le golfe arabo persique constitue la principale source d’approvisionnement en
énergie d’hydrocarbures importés, de pétrole et de gaz naturel. Il représente un partenaire commercial majeur d’un montant de près de 18-20 milliards de dollars et une destination importante pour les investisseurs indiens, ainsi que la principale destination de la main d’œuvre indienne qualifiée, en effet, presque 6 millions de ressortissants indiens contribuent à un revenu annuel de l’ordre de 30 billions de dollars qui bénéficie chaque année à l’Inde.
Par conséquence, malgré les divergences des visions, L’Inde a construit des liens profitables et constructifs avec les pays du Conseil de coopération du Golfe.
Cette décision s’oppose à la politique traditionnelle de l’Inde, celle de défendre ses convictions à tout prix et démontre la volonté de Delhi de s’engager aujourd’hui dans les forums internationaux, qui lui permet de jouer prochainement un rôle plus fonctionnel et déterminant sur la scène internationale.

Ce pragmatisme se traduit d’une part par la signature de la déclaration de Riad en février 2011 comme un nouveau « partenariat stratégique » qui vise à développer et accroître une alliance économique culturelle mais aussi sécuritaire. Un traité similaire avec le Royaume Arabe Uni a été scellé récemment.

Le fait de se forger des relations bénéfiques et profitables, en dépit d’obstacles majeurs, et surtout dans le cas de l’Arabie Saoudite en dépit du soutien inconditionnel de celle-ci au Pakistan et aux mouvements terroristes reflète certainement une nouvelle idéologie basée beaucoup plus encore sur un fort pragmatisme et un jeu d’intérêt qui suscite une volonté de dépasser tous les obstacles.

Enfin, où va-t-il ce pragmatisme ?
Sachant que nous assistons aujourd’hui à une transformation du contexte international qui prend une tournure multipolaire avec un nouveau déploiement des pays émergents, qui s’est récemment traduit par la ratification du nucléaire iranien et le déploiement des forces russes en Syrie, le Moyen et Proche Orient s’avère être une zone stratégique d’hyper-importance qui déterminera les prochains rapports de forces. Cela reste cependant conditionné par les futures évolutions et le prochain statu quo de la région, l’avenir des relations entre les Etats-Unis et l’Iran, le sort des groupes terroristes et le futur de la Syrie, les relations de l’Iran avec les pétromonarchies du Golfe et le futur des relations de celles-ci avec le prochain gouvernement américain, les relations sino-indiennes et indo-pakistanaises sont tous des facteurs clés qui détermineront le nouveau paysage.
Dans cette perspective, la politique indienne voit l’intérêt d’adosser sur son identité hindou, ce qui lui permet de rester distante par rapport au monde arabo-musulman, repoussant les risques qui peuvent en surgir d’un tel rapprochement, de tisser des relations avantageuses dans son voisinage arabe et d’insister sur le principe du non-alignement, ce qui lui promet un rôle régional important dans un futur proche et une présence remarquable sur la scène internationale.

*Sarah Safa chercheur Libanaise en relations internationales.

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